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En France, la carte du clergé s’est retournée sans faire de bruit. En ville, mais aussi dans nos campagnes, là où les presbytères ferment et où les clochers sonnent presque creux, près d’un prêtre sur trois est désormais étranger. Venu d’Afrique, d’Asie, d’Europe de l’Est ou des Caraïbes, ils arrivent avec leurs accents, leurs rythmes, leurs imaginaires et leurs sourires. Alors soudain, la France, longtemps terre d’envoi, devient terre de mission. C’est précisément ce renversement, ce retournement de point de vue qui m’intéresse.
En Normandie, Adam, jeune prêtre gabonais tout juste débarqué en mission FIDEI DONUM (“Le Don de la foi”), apprend à “faire curé” dans une campagne française silencieuse. Au même moment, Thomas, prêtre togolais au terme de sept ans de mission, s’apprête à rentrer au pays. Entre eux, le père Élie orchestre leurs sessions d’accueil et de départ. Deux trajectoires se croisent sans se rencontrer : l’une ouvre une porte, l’autre la referme. Et dans ce jeu de miroirs, la France rurale se révèle autrement.
Ce basculement bouleverse les équilibres et interroge le village, l’Église mais aussi notre façon collective d’accueillir l’autre. Entre incompréhensions, frottements culturels, moments de fraternité, innovations pastorales et solitudes tenaces, ces prêtres venus d’ailleurs révèlent une France à un moment très particulier de son histoire, ce moment de glissement d’un monde ancien vers un autre, encore informulé. C’est donc ce basculement, cette focale inversée que je trouve pertinente dans le projet : on regarde la France, et plus précisément la campagne par les yeux de ceux qui la découvrent. Ce jeu de miroir est le moteur et point de départ de cette écriture à rebours.
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